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Interview : Ed Tourriol de Climax
J'ai croisé la route virtuelle d'Ed Tourriol, le big boss de Climax à l'occasion de l'interview de Jean-Marie Minguez. Depuis, nous chroniquons les revues Climax et nous sommes tombés d'accord sur le principe d'une interview. Vous qui vouliez tout savoir sur ce petit éditeur de comics "made in France", vous allez être servi :

Pimpf? Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu nous raconter les origines de Climax ?

Ouais, je peux le faire… Bon, OK, il faut que je le fasse alors… Bon. En gros, disons que pour ma part, j’ai toujours voulu être scénariste de comics. En fait, je voulais dessiner aussi mais disons que ceux qui ont vu mes dessins ont du mal à me prendre au sérieux quand je leur en parle.

Absalom Donc, pour faire court, fast forward direct sur la fac de Bordeaux III. 1998 : je suis en maîtrise d’info & com avec Olivier Dejeufosse, co-fondateur du studio. On se connaît depuis la licence, et on s’échange régulièrement nos comics. A l’époque, je dirige W.O.L.F., un fanzine de Heavy Metal qui est mort aujourd’hui. En se basant sur mon expérience éditoriale et notre formation spécialisée en communication, nous prenons une décision qui va changer ma vie.
On crée notre studio de comics à nous. Ouais, direct. Nature. On sait gérer une équipe, on a du bagou, Olive écrit et dessine, j’écris et je fais la maquette à l’ordi… Tout est prêt à rouler. On passe quelques annonces sur le web et dans Comic Box et très vite, l’engrenage tourne. On recrute nos premiers artistes. L’équipe grandit, les séries se développent, puis s’éteignent… et on arrive à aujourd’hui avec près de 40 auteurs qui croient en un projet ambitieux. 40 auteurs qui font Climax. 40 auteurs qui en veulent. Yes.
Entre temps, Olive et moi avons séparé nos chemins. Divergence créative. Mais on est toujours resté potes. Toute l’équipe mérite d’être remerciée, mais si des gens comme toi me posent des questions aujourd’hui, c’est grâce au talent et au professionnalisme de l’actuel vice-président du studio, j’ai nommé Stephan Boschat. [Applaudissement]

Lui et moi, en association avec une dizaine de membres volontaires du studio, avons créé tout récemment une société de conseil en communication. Nous proposons des prestations aux professionnels ou particuliers, en axant nos services sur la BD. Notre entreprise se nomme CLARK System Innovation, et nous avons inauguré ce matin son site web en " .fr " sur www.clarksi.fr. C’est CLARK S.I. qui édite le trimestriel SPELL qui n’est donc pas un fanzine mais un véritable comic book professionnel.

Pimpf? Climax est un éditeur associatif, quelles sont les différences avec un éditeur "classique" ?

Comme je le disais plus haut, Spell est publié en pro, mais toutes les productions de Climax ne peuvent pas passer pro en même temps. Nous sommes encore jeunes et nous ne souhaitons pas prendre de risques inutiles, d’autant plus que la fabrication d’un exemplaire de SPELL coûte extrêmement cher.
A la différence de CLARK S.I. ou d’autres sociétés professionnelles, Climax est un studio associatif, régi par la loi de 1901 sur les associations à but non lucratif. Nous n’obéissons pas à des règles de profit, de coût, de rentabilité, etc.
En fait, je déconne. Bien sûr qu’on y fait attention, mais les enjeux sont moindres. Par exemple, SPELL a un tirage de 2000 exemplaires et une diffusion nationale sur tout le réseau des comics shops (qui peuvent nous commander chez MAKASSAR Diffusion). C’est énorme, et coûteux. Mais c’est CLARK S .I. qui gère. Ça se passe au niveau professionnel.
En revanche, Climax, en tant que studio " découvreur " de talents et surtout " montreur " de talents, se doit de multiplier les publications, en fanzine traditionnel ou sur le web. Ainsi, nous avons déjà publié 17 numéros de CLIMAX PRESENTE, notre fanzine vedette, qui vient de passer à la couleur pour la couverture. Nous avons eu d’autres titres et nous en aurons d’autres. Les coûts financiers sont réels, mais limités : aucun CP n’est tiré au delà des 200 exemplaires. Nous ne retirons même plus les numéros épuisés. Le prix des ventes et des abonnements permet au studio de financer ses parutions suivantes, de payer des stands sur les salons et festivals, de prendre des risques en essayant des styles qui sortent de l’ordinaire.
Sinon, pour en revenir au corps de ta question, à savoir la différence entre pro et amateur… eh bien… disons que le pro est payé pour raconter des histoires en BD, alors que l’amateur s’y investit en temps et parfois en argent, et à côté de ça, il a un autre boulot.
Pour la petite histoire, pendant mes premières années sur Climax, je bossais à mi-temps chez Quick. Je tournais des steaks. Mais à la fin, avec les avancées de Climax et le lancement de CLARK S.I., j’en pouvais plus. Désormais je bosse à 100% pour CLARK S.I. et Climax. Et croyez-moi, la différence va se voir dès la rentrée, avec un paquet de projets tous plus cool les uns que les autres.
Pimpf? Comment fonctionne le studio Climax (création des séries, scénarios, dessins, dispatching, choix des publications etc...) ? Ya-t-il des impératifs graphiques ou scénaristiques ?

Avec tout ces auteurs à gérer, nous avons établi des règles. Nous avons tous une vie privée à côté de Climax, et donc si chacun suit les règles, c’est du temps gagné pour tout le monde et c’est tout bénéf. Pour l’instant, je dois valider tous les projets qui émanent du studio. En principe, je suis assez cool. Mais si c’est non, c’est non.
Nous sommes tous en contact permanent par internet, sauf quelques uns qui ne sont pas connectés. Pour ces derniers, que j’appelle régulièrement au téléphone, nous avons mis en place des réunions hebdomadaires dans un endroit charmant qui s’appelle le Café BD. Il est évident que ceci ne concerne que les auteurs habitant en Gironde, mais tous ceux qui habitent ailleurs sont joignables par e-mail, donc tout fonctionne bien.
Tout le monde propose ses idées et les défend sur une mailing list " de travail " qui réunit donc la plupart des collaborateurs de Climax. Nous décidons de qui fait quoi, sur quel type de publication et dans quels délais, en fonction de plusieurs critères. Je vais en citer quelques uns parmi les plus importants :
Spell N°1

Pimpf? Est-il possible à un élément extérieur de vous proposer un projet ?

Absolument. Mon conseil sera de proposer un travail en rapport avec l’univers Climax. Si vous voulez que nous portions un intérêt à vos envois, montrez au minimum que vous en avez eu aussi pour nous. Quand RVB a été recruté, il m’avait envoyé tout un book rempli d’illustrations de personnages Climax. La classe.
En revanche, le type qui m’envoie un dossier bateau qui passe partout, soit il est très fort et à ce moment-là, je lui pardonne, soit il est juste honnête et je lui proposerai de visiter nos sites web et de nous recontacter avec du matos de chez nous.

Pimpf? Quels seront les critères de sélection ?

Le tour de poitrine. Et la motivation. Dans le milieu associatif, à la fin du travail, il n’y a pas de salaire. Les gens motivés ne le restent pas toujours, dans la longueur. Donc, au delà du talent, le minimum, c’est la motivation. J’aime bosser avec des gens qui en veulent. C’est important, ça peut vous remonter le moral quand vous commencez à manquer de sommeil et que vous vous demandez si ça serait pas plus sage de laisser tomber et de mener une vie normale, comme tout le monde. Mais grâce à une équipe soudée et volontaire comme la nôtre, les passages à vide se font rares, et pour ça, je dis remercier la bonne volonté de tous.
A part ça, il y a encore d’autres critères. Tout est expliqué sur notre page " recrutement " accessible sur
www.climaxcomics.com/team et pour résumer : internet est quasi obligatoire, et les scénaristes doivent apprendre un " deuxième métier " (lettrage par exemple).

Planche de Spell Pimpf? Ya-t-il des impératifs graphiques ou scénaristiques ?

Absolument. Sans rentrer dans les détails, disons que jusqu’à présent, nous avons été relativement larges dans ce que nous publiions. Désormais, notre structure établit différents types de contrôles pour améliorer la qualité de nos sorties. Les scénarii sont filtrés, lus, relus, et validés jusqu’à moi, qui valide en fin de chaîne.
Il y a des impératifs. Pas un " moule ", mais des consignes de qualité et de lisibilité à respecter.

Pimpf? Vous faîtes du comics français, qu'est-ce qui vous différencie (au niveau des BD, pas des structures ou des moyens) des comics US ?

La french touch !Bon, j’avoue que certaines de nos séries font très américaines dans leur concept. OK. En clair : c’est le but recherché. On s’appelle Climax Comics, pas Climax Franco-Belge. Quoi que justement, notre série ZERO FORCE tire furieusement sur l’humour à la Gotlib…

Pimpf? Pensez-vous que ce créneau soit viable (notamment quand on voit les difficultés de Fantask et des comics en général) ?

Tout vient à point à qui sait attendre. La viabilité de nos projets viendra peut-être de l’Europe, ou encore des USA… c’est vrai qu’en ne travaillant que pour le public francophone, on se limite trop dans un genre que les français connaissent, malgré tout, très mal. A suivre…

Pimpf? Quelle est votre définition du comics français ?

La même chose que les ricains, avec un accent frenchie pour séduire les minettes, et un sens du politically incorrect qui fera peur à leurs mères. En gros, le comic book français de la France peut jouer avec les règles du genre, en les adaptant à sa sauce et surtout, surtout… en faisant comme Fonzie. En étant super cool.

Pimpf? Vous venez de lancer Spell au format professionnel, quels sont les critères qui vous ont fait choisir cette série plutôt qu'une autre ?

On a choisi Spell pour plusieurs raisons. Elle accroche bien auprès du public, son gimmick de design est simple et efficace. Elle est sexy. De plus, Spell#0 est notre première publication fanzine amateur (mars 1999) . Spell est une figure symbolique de Climax, notre série la plus ancienne et la plus avancée. Le sixième épisode est déjà terminé, lettrage et colorisation compris. Donc pourquoi Spell ? C’est notre chouchou !

Pimpf? Le professionnalisme de Spell s'étend-il jusqu'à la rémunération des auteurs ?

C’est prévu dans les contrats. Mais personne ne touchera d’argent tant que le seuil de rentabilité du produit n’aura pas été atteint. On limite les risques en faisant comme ça.

Pimpf? En deuxième partie de Spell, on découvre Quadrant sur quelques pages alors que l'épisode #2 de Spell n'a pas été colorisé. Pensez-vous que Sergio Yolfa (dessinateur de Spell) pourra fournir 3 épisodes par trimestre ? N'aurait-il pas été plus sage d'inclure une 3ème série ou d'augmenter la place de Quadrant ?

Bon… pour le coup de la colorisation de l’épisode #2 de Spell, tout le monde nous a fait la remarque. On savait pas trop si les gens aimeraient les niveaux de gris ou le n/b pur. Maintenant, on est fixé. Tout ce qui sera dans Spell sera en gris.
Yolfa peut dessiner super vite. Une vingtaine de planches pas mois au minimum, avec son boulot à côté. On a beaucoup d’avance sur Spell, et on vous cache encore quelques surprises à ce niveau, d’ailleurs.
Pour la troisième série, elle intervient dès SPELL#2 avec une remasterisaton de ZERO FORCE#0. Dès le numéro 3, la revue aura un contenu équilibré en pagination avec trois séries de taille égale : Spell, Quadrant et ZF.

Pimpf? Climax bénéficie-t-il de soutiens extérieurs (municipalité, associations, généreux donateurs) ?

CLIMAX bénéficie du soutien acharné de ses membres avant tout, qui fournissent un travail remarquable. Nous remercions également l’Antre des Dragons (comic shop bordelais) qui nous soutient depuis le départ en mettant nos produits en avant et en organisant des séances de dédicace.
Financièrement, toutes nos ressources proviennent d’une part des cotisations des auteurs, d’autre part du produit de nos ventes. Si on pouvait bénéficier de subventions ou de " dons généreux ", ça serait la folie… on ferait des projets de dingues.

Pimpf? Pensez-vous mettre des pubs dans vos revues ?

Ben ouais. D’ailleurs, on en met déjà pour l’Antre des Dragons, justement. Mais on étudie toute proposition. Si un sponsor potentiel lit ces mots, eh bien… vas-y mec, c’est pour la bonne cause !

Pimpf? Quelles sont les projets à venir de Climax ? Y aura-t-il d'autres revues au format de Spell ?

C’est notre souhait le plus cher. Tout dépendra de l’accueil que nous réservera le public, et surtout de l’accueil des professionnels. Si vous ne trouvez pas SPELL dans votre comics shop ou dans votre librairie BD, ce n’est pas normal. Vous pouvez leur commander et ils l’auront : nous sommes distribués par le réseau MAKASSAR Diffusion, qui n’est quand même pas de la merde puisque c’est eux qui distribuent les Marvel France pour les comics shops.
A part Spell, nous grouillons de projets différents. La plupart de ces projets doit encore rester dans l’ombre pour le moment. Mais pour en savoir plus, n’hésitez pas à venir nous voir au festival de Valenciennes en novembre prochain. Nous dévoilerons certains projets, nous lancerons un nouveau label, et nous aurons une surprise de choc…

Pimpf? Peut-on avoir la liste des comics-shop où l'on peut se procurer vos revues ?

Comme je te disais précédemment, SPELL est en principe dispo chez toutes les librairies qui bossent avec Makassar. Pour le reste, les zines Climax, c’est plus chaud. A Bordeaux, on nous trouve à l’Antre des Dragons, et je sais qu’on nous trouve aussi en Belgique, à Wavre, chez JM Abrassart, scénariste de Quadrant.
Je vais essayer, à la rentrée, de faire diffuser davantage de fanzines au niveau national. Le coût sera assez élevé, mais nous devons en passer par là.

Et puis le plus simple pour ne rien manquer de nos travaux, c’est bien sûr l’abonnement ou la VPC. Lisez tous du Climax !

Merci.

Dominik Vallet


© Pimpf? le 29/07/2001. Proposer un site